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CLINIQUEMENT VÔTRE

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Perspective contemporaine de la santé des Autochtones : une revue de littérature   

Au Québec, près de 2 % de la population est d’origine autochtone (Premières Nations, Métis et Inuits)1. Malgré les efforts investis dans la prévention de la maladie auprès de cette population, le fardeau de la mortalité demeure disproportionné et des inégalités dans le domaine de la santé persistent2. La prédominance du modèle biomédical qui tend à traiter seulement la maladie semble en opposition avec la vision holistique de la santé des Autochtones qui insiste sur l’être humain dans son ensemble3. À cet effet, la littérature concernant la vision contemporaine de la santé chez les Autochtones est limitée4. Influençant la santé, les croyances et les perceptions sont importantes à documenter afin d’offrir des soins adaptés à la clientèle. L’objectif de cette recension des écrits est donc de dresser un portrait actuel des croyances et perceptions de santé chez les Autochtones. Le Tableau 1 résume les aspects méthodologiques de l’étude.
 

Tableau 1. Méthodologie de l’étude

Bases de données

  • CINAHL
  • Medline
  • PsycINFO

Mots clés

  • Autochtones
  • Perceptions de santé
  • Croyances de santé
  • Santé communautaire
  • Expérience de santé

Critères d’inclusion des articles

  • Publication entre 2008 et 2018
  • Langue française ou anglaise
  • Recherche primaire
  • Population autochtone

Critères d’exclusion des articles

  • Études réalisées à l’extérieur de l’Amérique du Nord
 

Résultats 

Un total de neuf études a été retenu (Tableau 2). Huit d’entre elles ont été réalisées au Canada, majoritairement en Saskatchewan, et une seule provient des États-Unis. La particularité de ces dernières est qu’elles sont toutes de type qualitatif.
 

Tableau 2. Études retenues (auteurs, année et province/État) et leurs définitions de la santé

Isaak & Marchessault

(2008)5

Manitoba

  • La roue de la médecine
  • Les pratiques traditionnelles contribuent au bien-être spirituel (ex. : le pow-wow).

Poudrier & Kennedy (2008)6

Saskatchewan

  • La santé holistique passe par les valeurs de respect, d’acceptation, d’amour et d’attitude positive.

Adams et al. (2008)7

Wisconsin, États-Unis

  • La roue de la médecine
  • L’importance du bien-être immédiat (ex. : la sécurité) prime sur les bienfaits à long terme (ex. : sédentarité).

Graham & Leeseberg (2010)5

Saskatchewan

  • La roue de la médecine
  • L’indépendance économique et politique sont des facteurs reliés à la santé.

Shea et al.

(2011)7

Saskatchewan

  • L’alimentation traditionnelle est importante pour le bien-être corporel et émotionnel.
  • La santé passe par la spiritualité et le soutien.

Shea et al.

(2013)9

Saskatchewan

  • La santé ne se définit pas par la taille du corps.
  • La résilience, la santé mentale et la santé interrelationnelle sont des composantes de la santé.

Hovey et al. (2014)10

Québec

  • La qualité des relations interpersonnelles influe sur le bien-être individuel et collectif.

Graham & Martin (2016)11

Saskatchewan

  • La santé s’exprime par une attitude positive, le respect de soi, une connexion avec la nature et la pratique d’activités physiques.

Sasakamoose et al.  (2016)12

Saskatchewan

  • La roue de la médecine
  • L’appartenance identitaire, la pratique d’activités sportives et l’abstinence de consommation de drogues mènent à la santé.

 

À la lumière du tableau 2, la thématique de la roue de la médecine est récurrente dans les différentes études. Le concept de roue de la médecine (aspects physique, mental, émotionnel et spirituel) est omniprésent dans la conception holistique de la santé des Autochtones (Figure 1). La santé s’exprime par l’équilibre de ces quatre aspects12, et ce, en connexion avec la nature4.

 

La roue de la médecine est schématisée par un cercle divisé en quatre quadrants intégrant, selon les auteurs, les quatre couleurs sacrées (blanc, jaune, rouge et noir), les quatre aspects de la personne (mental, physique, spirituel et émotionnel), les quatre points cardinaux, les quatre saisons, les quatre cycles de la vie (naissance et enfance, jeunesse, âge adulte et vieillesse), de même que les quatre éléments (feu, eau, vent et terre)13,14.

Figure 1. La roue de la médecine

 

La vision des Autochtones va au-delà du discours dominant selon lequel la santé passe par la pratique d’activités physiques et une saine alimentation, car la notion de bien-être, qui se traduit notamment par la présence de liens sociaux positifs, est au cœur de leur discours7,8,11. L’activité physique est rapportée dans quelques études pour ses bénéfices sur le bien-être mental et émotionnel6,7,8,11,12. Aucun participant des neuf études ne rapporte de liens avec les bénéfices physiques, tels que la perte de poids ou le développement musculaire12.

 

Conclusion 

La définition officielle de la santé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est assez similaire à la vision holistique définie par les Autochtones. En effet, il y a convergence sur l’idée que la santé ne se définit pas seulement par une absence de maladie. En revanche, chez les Autochtones, il importe de considérer la spiritualité, l’équilibre avec l’environnement et la place de la résilience. L’appartenance identitaire est aussi au cœur de la santé et du bien-être. En somme, la vision holistique de la santé chez les Autochtones est encore très présente et il importe d’intégrer ces divers concepts dans des interventions de promotion de la santé et de prévention de la maladie à l’image des communautés.

 

Auteures

Justine Tremblay est étudiante au baccalauréat en sciences infirmières de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
Anne-Marie Leclerc est étudiante au doctorat en sciences biomédicales et professeure clinicienne au Département des sciences infirmières de l’UQTR.

 

Ce texte est tiré d’une affiche scientifique présentée dans le cadre du 25e concours d’affiche scientifique de l’Université du Québec à Trois-Rivières en mars 2018. Cette affiche s’est méritée le 1er prix pour le premier cycle du département des sciences infirmières de l’UQTR, le 1er prix pour le premier cycle au sein du Groupe interdisciplinaire appliquée en santé (GIRAS) ainsi qu’une mention au prix du doyen.

Il est possible de la consulter au lien suivant.

 

Références 

1Statistique Canada. (2018). Les Premières Nations, les Métis et les Inuits au Canada : des populations diverses et en plein essor. Récupéré à : https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/89-659-x/89-659-x2018001-fra.pdf?st=paDaIw-H

2Smylie, J., & Firestone, M. (2016). The Health of Indigenous Peoples. Dans Dennis Raphael (3e éd.) Social Determinants of Health : Canadian Perspectives (pp. 434-466). Toronto (Ontario): Canadian Scholars’Press.

3McCormick, R. (1995). Culturally appropriate means and ends of counselling as described by the First Nations people of British Columbia. International Journal for the Advancement of Counselling, 18(3), 163-172.

4Graham, H., & Leeseberg, S. L. (2010). Contemporary perceptions of health from an Indigenous (Plains Cree) perspective. International Journal of Indigenous Health, 6(1), 6-17.

5Isaak, C. A., & Marchessault, G. (2008). Meaning of health: The perspectives of Aboriginal adults and youth in a northern Manitoba First Nations community. Canadian journal of diabetes, 32(2), 114-122. doi: 10.1016/S1499-2671(08)22008-3 

6Poudrier, J., & Kennedy, J. (2008). Embodiment and the Meaning of the "Healthy Body": An Exploration of First Nations Women's Perspectives of Healthy Body Weight and Body Image. Journal of Aboriginal Health, 4(1), 15-24.

7Adams, A. K., Harvey, H., & Brown, D. (2008). Constructs of health and environment inform child obesity prevention in American Indian communities. Obesity, 16(2), 311-317. doi: 10.1038/oby.2007.71 

8Shea, J. M., Poudrier, J., Chad, K., & Atcheynum, J. R. (2011). Understanding the healthy body from the perspective of First Nations girls in the Battlefords Tribal Council region: A photovoice project. Native studies review, 20(1), 27-57.

9Shea, J. M., Poudrier, J., Chad, K., Jeffery, B., Thomas, R., & Burnouf, K. (2013). In their own words: First Nations girls’ resilience as reflected through their understandings of health. Pimatisiwin, 11(1), 1-15.

10Hovey, R. B., Delormier, T., & McComber, A. (2014). Social-relational understandings of health and well-being from an Indigenous Perspective. International Journal of Indigenous Health, 10(1), 35.

11Graham, H., & Martin, S. (2016). Narrative description of Miyo-Mahcihoyan (physical, emotional, mental, and spiritual well-being) from a contemporary Nehiyawak (Plains Cree) perspective. International Journal of Mental Health Systems, 10(58), 1-12.

12Sasakamoose, J., Scerbe, A., Wenaus, I., & Scandrett, A. (2016). First Nation and Métis youth perspectives of health: An indigenous qualitative inquiry. Qualitative Inquiry, 22(8), 636-650.

13Charlier, P., Coppens, Y., Malaurie, J., Brun, L., Kepanga, M., Hoang-Opermann, V., . . . Hervé, C. (2017). A new definition of health? An open letter of autochthonous peoples and medical anthropologists to the WHO. European Journal of Internal Medicine, 37, 33-37. doi: 10.1016/j.ejim.2016.06.027

14Guay, C. (2017). Le savoir autochtone dans tous ses états / Regards sur la pratique singulière des intervenants sociaux innus d'Uashat mak Mani-Utenam. Québec (Qc): Presses de l'Université du Québec.

 

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