-A +A
Partager sur Facebook
CLINIQUEMENT VÔTRE

CLINIQUEMENT VÔTRE

Le délirium sur les unités de soins de courte durée

Des usagers avec des comportements inadéquats d’agitation ou d’agressivité, des discours décousus, des hallucinations ou même de la somnolence et de la léthargie, alors que rien de leur état clinique n’explique ces symptômes; c’est précisément ce qui se passe derrière les murs des unités de soins de courte durée. Ce sont toutes des manifestations cliniques du délirium. Cet état multifactoriel est défini comme étant un « syndrome organique d’installation aiguë ou subaiguë, habituellement transitoire et réversible, qui peut se présenter à tout âge, mais qui est particulièrement fréquent chez la personne âgée. » (BOURQUE, 2014)

Le délirium existe sous trois formes : hyperactive, hypoactive et mixte. La forme hyperactive est la plus fréquemment diagnostiquée de par l’évidence des symptômes et la perturbation que ceux-ci entraînent dans la routine des soins infirmiers. Quant à la forme hypoactive, elle est pourtant très fréquente, mais peu dépistée, puisque les usagers sont davantage discrets, somnolents, léthargiques, présentant une lenteur dans leurs mouvements et dans leurs réactions. Ces manifestations étant plus subtiles, le personnel soignant se doit d’être très attentif aux signes et aux symptômes, mais doit surtout avoir pris connaissance de l’état initial des usagers afin d’être en mesure de déceler ces changements de comportement. Finalement, la forme mixte est décrite comme étant un mélange d’hyperactivité et d’hypoactivité selon le moment de la journée. (MSSS, 2012)

Les conséquences du délirium sont majeures et de ce fait, la durée de l’hospitalisation peut être prolongée de plusieurs jours. En effet, par la difficulté à effectuer certains examens ou traitements, en raison du portrait clinique de l’usager et de l’impossibilité d’un retour au milieu de vie dans un tel état, un congé à domicile peut devenir une réorientation vers les unités de réadaptation ou encore vers les centres d’hébergement. L’usager et ses proches peuvent également ressentir une grande détresse psychologique et un sentiment d’impuissance, laissant bien souvent des traces. Des études révèlent qu’un taux de mortalité d’environ 30 % et un risque de morbidité important seraient liés au diagnostic de délirium. (MSSS, 2012)

Cet état de confusion aiguë est présent un peu partout sur les unités de soins de courte durée. Bien que personne n’en soit à l’abri, certains facteurs peuvent prédisposer au délirium, tels que l’âge avancé, les déficits visuels ou auditifs, la démence et les maladies concomitantes. Son apparition peut également être précipitée entre autres par une infection, une douleur non soulagée et l’application de mesures de contrôle. (VOYER, 2013)

Le rôle de l’infirmière : le savoir, le savoir-faire et le savoir-être

Par ses connaissances, l’infirmière joue un rôle déterminant dans la prévention du délirium. En effet, elle doit d’abord connaître la condition physique et mentale antérieure à l’hospitalisation de l’usager, afin d’être en mesure de déceler les anomalies qui pourraient survenir durant son séjour sur l’unité. L’infirmière doit également reconnaître les facteurs de risque présents chez l’usager et doit mettre en place des interventions non pharmacologiques de façon précoce, afin de prévenir le développement d’un délirium (voir encadré 1).

Lors de l’évaluation de la condition physique et mentale de son usager, l’infirmière est en mesure de dépister les signes d’un délirium et d’en faire le suivi. En collaboration avec les membres de l’équipe multidisciplinaire impliqués au dossier, celle-ci peut évaluer l’usager à l’aide d’un outil de dépistage autorisé dans son secteur d’activité ou encore, à l’aide des principales manifestations reconnues :

  1. Apparition rapide et soudaine des troubles cognitifs;
  2. Détérioration rapide du fonctionnement cognitif chez la personne déjà atteinte de démence;
  3. Diminution de la capacité d’attention;
  4. Fluctuation des symptômes;
  5. Propos incohérents, désorganisation de la pensée, labilité émotionnelle, etc.;
  6. Agitation psychomotrice OU ralentissement psychomoteur, voire hypersomnolence.

Par la suite, l’infirmière doit s’interroger sur les causes de l’apparition du délirium, en effectuant la revue des systèmes et de l’environnement de l’usager. Elle doit inscrire ses directives au plan thérapeutique infirmier afin d’assurer la continuité des soins et d’individualiser les interventions.

Finalement, par son approche basée sur la bienveillance, l’infirmière doit assurer des soins de qualité et adaptés à l’usager. Elle doit accompagner l’usager et ses proches dans cette période critique de l’hospitalisation en plus d’adopter une attitude d’ouverture et d’écoute, tout en enseignant aux proches les rudiments du délirium, souvent méconnu et combien déstabilisant.

Les proches-aidants : une richesse 

Encadré 1

Interventions non pharmacologiques

  • Satisfaire les besoins de base
  • Évaluer et soulager la douleur
  • Orienter l’usager dans les trois sphères
  • Fournir lunettes et appareil auditif
  • Favoriser une stimulation diurne
  • Déterminer un programme de mobilité 
  • Impliquer la famille ou les proches dans les soins
  • Mettre en place une approche basée sur la bienveillance

 

Les proches-aidants représentent une source de réconfort et d’aide pour l’usager et également, une mine d’or d’informations pour le personnel. Ils assurent la présence de visages familiers, contribuent à réorienter leur proche et à le stimuler durant le jour pour favoriser un cycle éveil-sommeil adéquat, et peuvent même parfois participer à certains soins (ex. hygiène, alimentation, marche). Des études révèlent que la présence des proches au chevet d’un aîné réduit grandement les risques d’un déclin fonctionnel et du développement du délirium. (UNIVERSITÉ LAVAL, 2016)

 

Par Roxane Gélinas, infirmière clinicienne
Direction adjointe du soutien et développement des pratiques professionnelles et d’assistance du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec

 

BIBLIOGRAPHIE 

AMERICAN PSYCHIATRIC ASSOCIATION, (2000). DSM-IV-TR. Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Washington DC, Traduction française par J.-D. Guelfi et al., Masson, Paris, 2003, 1120 pages

BÉLANGER, Louise et coll. (2009), Un programme de soins basé sur le caring; Description et application du programme de soins aux personnes hospitalisées qui sont à risque ou présentent un état de confusion aiguë. Perspective infirmière

BOURQUE, Monique (2014), Les principales démences : Comprendre, évaluer et intervenir, École des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke

DUPRAS, Annik (2014) Conférence sur l'approche OPTIMAH, Chumagazine Volume 5 numéro 1

EMERY, J. ET CARBALLO, S. (2009), État confusionnel aigu : une approche systématique, Revue médicale suisse, service de médecine interne générale, Genève, [En ligne] sur le site : www.revmed.ch

FRETER, S. ET ROCKWOOD, K. (2004), Le diagnostic et la prévention du délirium chez les personnes âgées, La Revue canadienne de la maladie d’Alzheimer, [En ligne] sur le site : www.stacommunications.com

GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (2011). Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier, La direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 17 pages, disponible uniquement en version électronique, [En ligne] sur le site :
http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2010/10-830-03.pdf 

HOSKER, C. ET WARD, D. (2017), Hypoactive delirium, Practice Pointer, The BJM. [En ligne] sur le site : www.schulich.uwo.ca/geriatrics/education/common_geriatric_clinical_issues/hypoactie-delirium-bmj.full.pdff 

LA COALITION CANADIENNE POUR LA SANTÉ MENTALE DES PERSONNES ÂGÉES (2014) D’après les Lignes directrices de la Coalition canadienne pour la santé mentale des personnes âgées (CCSMPA) – Évaluation et traitement du delirium, [En ligne] sur le site :
https://ccsmh.ca/wp-content/uploads/2018/01/ccsmh_delirium_tool_french.pdf

MAKHZOUM, J. et MAKHZOUM, J.-P. (2012), Le délirium chez la personne âgée, Les Pages Bleues, vol. 59, no 8, [En ligne] sur le site www.professionsante.ca

MORIN, M. ET PIUZE, F. (2004), Le delirium, comment éviter soi-même la confusion !, Le Médecin du Québec, volume 39, numéro 6, [En ligne] sur le site : http://catalogue.iugm.qc.ca/GEIDEFile/17542.PDF?Archive=194630291281&File=17542_PDF

UNIVERSITÉ LAVAL (2016), Ouverture à la présence de la famille et des proches auprès de la personne hospitalisée : perception des proches sur les facteurs facilitant leur implication et leur collaboration avec l’équipe de soins, Rapport d’études, Direction de l’évaluation, de la qualité, de l’éthique, de la planification et des affaires juridiques (DEQEPAJ) Bureau d’expertise en expérience patient, [En ligne] sur le site : https://www.chudequebec.ca/getmedia/ae25a649-e3c5-4915-bb49-05d451580e67/BEEP_RAP_01-16_Implication_famille_proches_VF_1.aspx

VOYER, P. (2013). Soins infirmiers aux aînés en perte d’autonomie, 2e édition, Édition du renouveau pédagogique Inc., Compétences infirmières

WESLEY E. ELY, MD, MPH and VANDERBILT UNIVERSITY (2002), Confusion Assessment Method for the ICU (CAM-ICU) The Complete Training Manual, Vanderbilt University, [En ligne] sur le site :  http://www.icudelirium.org/index.htmll

 

Recherche

Mots clés

TD