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CLINIQUEMENT VÔTRE

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LE MIEL, UN ALLIÉ DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES

Il y a des milliers d'années, le miel figurait déjà dans la pharmacopée des Égyptiens. Pendant la Première et de la Deuxième Guerre mondiale, ce remède permettait d'accélérer la cicatrisation des plaies des soldats. Ensuite délaissé avec l'arrivée des antibiotiques, voilà qu'il intéresse de nouveau les cliniciens dans le traitement des plaies, car il peut contribuer à la guérison de nombreux types de plaies.

Le miel actuellement commercialisé au Canada et dans d'autres pays est issu du nectar de deux espèces florales de Nouvelle-Zélande (famille du leptospermum), notamment le manuka. Les composés phytochimiques présents dans le nectar de ces plantes peuvent être jusqu'à 100 fois plus actifs contre les micro-organismes que les autres miels.

Selon Cochrane et collaborateurs (2009), les études actuelles ne démontrent pas de façon significative une guérison plus rapide qu'avec les pansements ou les produits utilisés habituellement en soins de plaies, notamment dans le cas des ulcères veineux. Cependant, l'utilisation du miel semble accélérer la guérison dans le cas des brûlures.

Comment s'exerce l'activité antimicrobienne du miel?

Premièrement, par osmose, en raison de sa forte concentration en sucre, qui dépasse de beaucoup celle des tissus environnants et des bactéries. Cet effet osmotique entraîne les bactéries et autres débris qui nuisent à la cicatrisation hors du lit de la plaie. Il atténue aussi l'inflammation en diminuant l'œdème des tissus environnants.

Deuxièmement, le miel contient une enzyme appelée glucose oxydase : celle-ci permet la transformation constante de petites quantités de sucre en peroxyde d'hydrogène. L'intérêt du miel, c'est qu'il produit du peroxyde d'hydrogène à des quantités infimes, mais suffisantes pour détruire les germes sans abîmer la peau.

Le miel possède également plusieurs autres particularités et avantages :

  • Son action antimicrobienne est efficace pour combattre diverses bactéries, notamment le SARM.
  • Il influence le pH de la plaie de manière à neutraliser la croissance bactérienne.
  • Le miel inhibe les bactéries qui causent la mauvaise odeur, en leur procurant du glucose plutôt que des acides aminés qui provoquent l'apparition des sous-produits malodorants.

Conseils d'utilisation

  • Indiqué pour les soins de plaies aiguës ou chroniques ayant un potentiel de guérison.
  • Le miel amorce son action dès l'application, une sensation de picotement ou de brûlement est donc possible dans les heures qui suivent son application.
  • Protéger la peau au pourtour au besoin, l'effet osmotique puissant pouvant provoquer la macération.
  • Utiliser un pansement assurant une humidité contrôlée selon l'exsudat.
  • La fréquence de changement de pansement sera en fonction de la décoloration du miel, qui indique qu'il a été digéré par les bactéries présentes dans l'exsudat. Dans la pratique, le pansement est habituellement changé 2 ou 3 fois par semaine.

Au CSSS de Trois-Rivières, notre récente pratique clinique avec l'utilisation du miel nous a permis d'avoir de bons et de moins bons résultats. Son utilisation n'est certes pas révolutionnaire, mais le miel est une solution de rechange intéressante, voire prometteuse, dans le traitement des plaies.

Cas clinique

Juin 2012 Juillet 2012
Août 2012 Septembre 2012

 

Dame de 84 ans, présentant une plaie de pression au talon droit depuis 3 mois qui a été traitée avec les produits usuels, sans résultats. La dame souffre de diabète de type II, de dénutrition modérée, de calcification des artères secondaire au diabète, d'œdème modéré du MID. Introduction du miel sur un lit de plaie présentant nécrose et nécrose jaune humide.

Mélanie Rajotte, inf. clin.
Conseillère en soins infirmiers
CSSSTR volet hébergement
melanierajotte_cssstr @ssss.gouv.qc.ca

Références

Jull, AB., Rodgers, A. et Walker N. (2009). Honey as a topical treatment for wounds (Review). The Cochrane Collaboration, 47. Document téléaccessible à l'adresse http://www.thecochranelibrary.com.
Gravel, P. (2006). Là où les antibiotiques échouent, le miel fait des miracles. Le Devoir, 4. Document téléaccessible à l'adresse http://www.ledevoir.com
Zumla A, Lulat A (1989) Miel - un remède redécouvert. JR Soc Med 82: 384-5
Somerfield SD (1991) Le miel et la guérison. JR Soc Med 84 (3): 179
Sinclair RD, Ryan TJ (1994) Les enzymes protéolytiques dans la cicatrisation des plaies : le rôle de débridement enzymatique. Aust J Dermatol 35: 35-41
RJF McInerney (1990) Miel - un remède redécouvert. JR Soc Med 83: 127Laurent JC (1999) Editorial: Le miel et les bactéries de la plaie. J Wound Care 8 (4): 155

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